AEC_Dephy Le 15 septembre dernier, Stéphane Mainsant et Kevin Dez ont accueilli sur leur ferme les adhérents du CIVAM de l'Oasis et des visiteurs pour un après-midi sous le signe du partage et de la bonne humeur. Au programme : assemblée générale ordinaire, ferme ouverte DEPHY, pot de l’amitié et repas convivial servi par le Food-Truck Popotte en Roulotte. fleche Découverte du GAEC Arc-En-Ciel Presentation_Stephane En introduction de cette ferme ouverte DEPHY, Charlène Koob, animatrice du CIVAM de l’Oasis a présenté le contexte national du plan Ecophyto et du réseau DEPHY Ferme, puis le groupe de 10 fermes qui compose le DEPHY de l'Oasis. Dans ce collectif, les agriculteurs s'interrogent sur des problématiques d'efficacité et de performance (environnementale, économique, sociale) de leur systèmes de culture économes en intrants. Les fermes participant à ce groupe sont hétérogènes tant du point de vue de leurs pratiques que de leur vision de l’agriculture. Ainsi, les paysans pratiquant l’agriculture biologique côtoient les adeptes de l’agriculture intégrée ou de l’agriculture de conservation. Cette hétérogénéité des profils apporte une vraie richesse de savoirs et savoir-faire aux membres du groupe.

Puis Stéphane a raconté l'historique de la ferme depuis son installation en 2000 jusqu’à aujourd'hui. A travers plusieurs dates-clés, Stéphane et Kevin ont expliqué leur transition progressive vers l'agriculture biologique à partir d’une ferme conventionnelle en grandes cultures et légumes de plein-champ (pommes de terre). C'est en 2008, année de création du CIVAM de l'Oasis qu'il décident de convertir 45 premiers hectares en agriculture biologique. Des changements successifs s’opèrent sur la ferme : achat de matériel spécifique (herse en 2010, houe rotative en 2014, bineuse en 2016), échanges de paille pour du digestat avec deux autres fermes à partir de 2010, modification des itinéraires techniques de culture, diversification des espèces (arrêt de la pomme de terre, introduction de triticale, pois, chanvre, soja et menthe) et démarrage de l'atelier d'élevage poulets de chair bio (2012).

Ils ont également évoqué les défis rencontrés lors de leur parcours :

  • La phase d’adaptation liée à leur nouveau métier d'éleveur

  • Les contraintes engendrées par la mixité des ateliers bio et non bio

  • L’introduction du soja dans la ration alimentaire des poulets nécessite l’utilisation d’une extrudeuse localisée dans le Jura

  • La culture des Plantes Aromatiques et Médicinales (PAM) en bio, espèces exigeant beaucoup d'attention mais à forte valeur ajoutée (donc prioritaires dans les interventions)

  • L’adaptation du parc matériel aux nouvelles méthodes de culture (investissement, apprentissage du réglage des outils)


Sous_fleche Géologie du parcellaire En s’appuyant sur l’exemple de son propre parcellaire, Stéphane a montré la grande hétérogénéité de la Champagne crayeuse (anciennement Champagne pouilleuse). Ainsi, même à l’échelle d’une petite commune comme Saint Jean Sur Tourbe, on peut trouver côte à côte une craie du Coniacien (environ 85 millions d'années) et des graveluches (craie en fragments datant du Quaternaire à environ 3 Ma) soit près de 80 millions d’années de différence !
En conséquence, même un parcellaire compact peut comporter des terres très hétérogènes en termes d’hydromorphie, de température et de potentiel agronomique.


Sous_fleche Rotation des cultures Stéphane et Kévin ont dû adapter leurs rotations à l'hétérogénéité de leurs sols.

Sur la plupart de leurs parcelles, ils placent en tête de rotation une légumineuse (luzerne,etc.) pendant 2 à 3 ans succédée de 2 ans de céréales panifiables. Le colza, culture exigeante en azote, est également précédé d’une légumineuse seule ou en mélange. Les cultures de fin de rotation sont le chanvre, le sarrasin ou le tournesol, qui puisent dans les ressources complémentaires du sol.
Une seconde rotation, plus courte, est mise en place sur quelques parcelles dont le sol présente un meilleur potentiel agronomique. De ce fait, la rotation intègre la culture du soja, introduite en 2016 sur la ferme.

Stéphane précise qu'il prend en compte la logique territoriale dans la construction de ces rotations. Par exemple, la fertilisation au sein des rotation est assurée en partie par les échanges faits entre sa ferme et les deux autres fermes citées ci-dessus. Le dialogue entre agriculteurs joue donc un rôle crucial pour gérer les échanges et anticiper les variations de stocks d'une année sur l'autre.

Enfin, Stéphane a expliqué comment il travaillait en lien avec son environnement. Par exemple, il a implanté des bandes enherbées sur son parcellaire afin de favoriser le développement de la biodiversité sur la ferme. Il a également installé une mare sur l’une de ses parcelles dans le cadre du programme d'actions en faveur des amphibiens coordonné par le CPIE du Pays de Soulaines. Sa proximité avec le camp de Suippes a permis dès la première année sa colonisation par le crapaud calamite. Cette espèce pionnière met en évidence le phénomène de migration depuis une zone source de biodiversité vers un corridor écologique. Stéphane continuera d’observer l’évolution des populations dans les années à venir afin de confirmer l'établissement durable de l’espèce.

La journée s’est poursuivie par trois ateliers thématiques.

fleche Les ateliers Sous_fleche1. Atelier « matériel de désherbage mécanique » Stéphane a présenté tour à tour 4 machines agricoles cohérentes avec son système et la productivité qu’il recherche :

    Semoir



  • Le semoir mono-graine qui permet de travailler sur une largeur de 6 mètres et en inter-rang de 15 cm ce qui convient aux cultures de l’exploitation (sauf soja, colza et tournesol). La particularité de ce semoir est qu’il est guidé par signal GPS ce qui permet une précision accrue lors des semis en mélanges.





  • Bineuse



  • La bineuse à fers lelièvre est utilisée pour désherber les cultures telles que le colza lorsque la herse étrille n’est pas nécessaire et que le colza est déjà bien implanté. Le positionnement des fers permet de biner ou de butter la terre entre les plants (pour étouffer les adventices). Le tout est piloté par guidage optique pour davantage de précision.




  • Houe


  • La houe rotative intervient également dans les opérations de désherbage des jeunes adventices. C’est un outil préventif moins agressif que la herse étrille d'autant plus lorsqu’elle est configurée en sens inverse (étoile dans le sens de passage). Pour Stéphane, chaque houe a ses particularités qui impacteront différemment le sol lors des passages. Avec ce type d'outil, le jour voire l’heure de passage est crucial car l’intervention se fait sur des jeunes adventices.




  • Recuperateur_menue_paille


  • Le récupérateur de menue paille est un dispositif placé derrière la moissonneuse-batteuse et qui stocke la menue paille (ensemble des débris, enveloppes de grains et autres résidus de culture) répandue au sol. Cette menue paille récupérée peut ensuite être valorisée dans le méthaniseur de Geoffroy.





Sous_fleche2. Atelier « aménagement du territoire » Stéphane a accompagné les participants sur 4 parcelles de la ferme.

Mélange_avoine_caméline


Sur la première, ils ont pu observer un mélange d’avoine et de caméline, semé en couvert d’interculture à partir de semences fermières. En bordure, une bande enherbée parsemée d’arbres fruitiers complète le paysage. Stéphane a expliqué l’intérêt d'inclure des arbres dans sa bande enherbée : refuge ou zone de nidification pour les oiseaux, habitat pour les insectes inféodés aux arbres.




Tournesol_Houe





Stéphane a ensuite dirigé le groupe vers une parcelle de colza semée début septembre. La, il a expliqué avoir testé une opération de désherbage à la houe rotative déjà testée plus tôt dans l’année sur tournesol. Il a ainsi illustré la difficulté de réglages et de positionnement de l’outil : sur tournesol, le résultat était visible et spectaculaire (cf. photo) contrairement au colza où le passage de l'outil n'avait eu aucun effet visible.






Menthe



Sur la parcelle suivante, le groupe a pu observer une culture de menthe, récoltée quelques jours plus tôt. Stéphane a décrit l’itinéraire cultural de cette plante exigeante : plantation manuelle des rhizomes, forts besoins en eaux, gestion mécanique et manuelle des adventices, récolte et mise en séchage.





Lotier

La dernière parcelle du tour de plaine accueillait une culture de lotier sous couvert d’orge. Le lotier est semé avec un mélange prairial juste après le stade 2 feuilles de l’orge. L’objectif de Stéphane est de garder cette culture pendant au moins 2 ans mais il pourrait la faucher avant si le salissement s’avère trop important. Cette parcelle est également concernée par les échanges de matière paille ←→ digestat. Ainsi, la menue paille de la parcelle est récupérée (ici stockée en balles en bord de champ) et un tas de digestat est prêt à être épandu sur la parcelle.



Sous_fleche3. Atelier élevage Elevage


Kévin a expliqué la conduite de l’élevage de poulets de chair en agriculture bio. Tout d’abord, il a présenté aux visiteurs la gestion des parcs enherbés et des bâtiments. Puis il a expliqué leur gestion de l’alimentation, de l’entrée des poussins sur la ferme jusqu’à leur sortie. Toute l’alimentation (exceptée l’aliment Starter des jeunes poussins) est issue des cultures produites par le GAEC. Elle est composée de mélanges de céréales et protéagineux, effectués sur la ferme. Les poulets sont ensuite vendus en via trois AMAP dans le département de la Marne.


flecheFin de la journée Repas_soir
Au terme de la journée, les participants ont été invités à discuter autour d’un pot de l’amitié. Durant ce temps de partage, ils ont pu apprécier une exposition photo retraçant les projets et les moments clés de l’historique du CIVAM de l’Oasis : Projet Arc-En-Ciel, constitution du Groupement d’Intérêt Économique et Environnemental (GIEE), construction de projets collectifs, etc. La journée s’est clôturée par la dégustation des délicieuses tartes salées servies par le Food-Truck Popotte en Roulotte.


Cette journée aura permis à la trentaine de participants d’horizons différents (agriculteurs, professionnels du milieu agricole, ruraux) de poser leurs questions, d’échanger sur l’agroécologie et de découvrir par l’exemple un système innovant.