AG2016 Le 24 juin dernier, le CIVAM de l'Oasis a accueilli adhérents, citoyens curieux et partenaires de l'association sous un soleil tant attendu lors de son Assemblée Générale Ordinaire à Noirlieu, dans la Marne.
Une soirée-débat autour de la construction de projets agroécologiques fédérant agriculteurs et citoyens était également proposée à la suite de l'assemblée dans le cadre de la Nuit de l'Agro-écologie lancée par le Ministère de l'Agriculture, de l'Agro-alimentaire et de la Forêt.



fleche Visite au coeur d'une ferme champenoise en grandes cultures visite_haies L'Assemblé Générale a permis aux administrateurs du CIVAM de présenter les actions menées au cours de l'année 2015: témoignages lors des parcours d'installation de jeunes agriculteurs, groupes d'échanges sur l'économie d'intrants, participation à des projets de recherches nationaux... Les projets engagés sur 2016 ont ensuite été présentés avec notamment la réflexion sur le développement de production de plantes aromatiques bio et la candidature au programme national Ecophyto. L'illustration concrète des actions du CIVAM a ensuite été faite grâce à une visite de la ferme d'Outrivière qui nous accueillait pour cette soirée. Quentin Delachapelle a démarré par une présentation de la ferme et des raisons qui l'ont incité à faire évoluer les pratiques dès son installation en 2008 ainsi que les actions mises en oeuvre pour réduire l'utisation d'engrais et de pesticides sur ses cultures (raisonnement de la rotation des cultures, rôle des légumineuses et engrais verts, mise en oeuvre du désherbage mecanique, réduction des insecticides et fongicides de 70% par rapport à la référence régionale...). Puis Stéphane Mainsant, (agriculteur, naturaliste et nouveau Président du CIVAM) a guidé les visiteurs le long des haies et des bandes enherbées qui longent les parcelles pour présenter aux participants les relations entre le paysage et les cultures.
qd_chanvre Nos visiteurs ont également pu découvrir la production du chanvre, une espèce facilement cultivable sans pesticides !

Les intervenants ont prix le temps d'expliquer pourquoi la transition agro-écologique est nécessairement progressive mais pas impossible !




fleche Repas convivial et débat constructif sw_guitare
Pour reprendre des forces avant la deuxième partie de soirée, tous les participants se sont réunis autour d'un pot de l'amitié et d'un repas agrémenté par les talents de guitariste de Simon Wagler (agriculteur et administrateur du CIVAM). Le débat s'est ensuite engagé autour du regard croisé de Martino Nieddu (chercheur à l'Université de Reims), Jean-Claude Balbot (agriculteur du Finistère et Secrétaire National de la Fédération Nationale des CIVAM), Quentin Delachapelle et Stéphane Mainsant.


mnieddu Martino Nieddu a introduit la soirée sur le concept de bioéconomie et l'intérêt du développement de l'agroécologie pour l'émergence de nouvelles activités industrielles diversifiées et compatibles avec l'environnement. C'est tout l'enjeu du projet de recherche BIOCA, auquel le CIVAM de l'Oasis est associé, et qui doit permettre d'analyser les conditions d'émergence de ce type d'activités et ce qu'elles peuvent apporter aux terriotoires ruraux. La création de synergies entre chercheurs de laboratoires et chercheurs de terrain a été soulignée comme essentielle pour imaginer des activités adaptées à la fois aux problématiques des fermes, aux attentes sociales et aux dynamiques locales.


jcbalbot Jean-Claude Balbot a illustré cette question du lien entre paysans, citoyens et monde rural par son expérience au sein des CIVAM du Finistère pour nous montrer à quel point la démarche de remise en question d'un modèle agricole peut paraitre ambitieuse mais s'avère au final très épanouissante et source de motivation pour ceux qui s'y engagent. Il souligne a quel point le modèle agroindustriel montre de plus en plus ses fragilités, en particulier sur sa dépendance au financement public et sa capacité à fournir une alimentation de qualité accessible à tous.


Quentin Delachapelle précise que l'évolution du climat et le contexte économique (fluctuation des cours des matières premières et des produits agricoles) et le marché sont réellement instables. Dans ces conditions, les systèmes de production économes sont moins fragiles que les intensifs et un gros travail est a mené pour mieux démontrer leur efficacité économique, sociale et écologique. La principale difficulté est la perte de contrôle des agriculteurs sur la valorisation de leurs produits et la déconnexion qui en découle avec les consommateurs. Il faut avoir en tête qu'un agriculteur qui est engagé en système de production intensif ne peut pas changer ses pratiques sans tenir compte des filières dont il dépend, des investissement qu'il a en cours, de son contexte local pour de nouvelles valorisations... Les questions ont été nombreuses pour souligner la difficulté pour les citoyens d'avoir un lien direct avec des fermes en système à dominante céréalière. L'idée de développement d'échanges autour du paysage, et des aménagements favorables à la biodiversité est ressorti comme une piste concrète qui pourrait être travaillée.


Stéphane Mainsant a souligné l'intérêt d'avoir une diversité de points de vue dans ce type d'approche afin de ne pas engager des actions qui ne s'avèreraient au final pas si bénéfiques. Il faut en effet veiller à l'origine locale des espèces qui sont introduites dans les haies et bandes enherbées afin de s'assurer qu'elles soient réellement favorables à l'agrosystème local plus qu'elles ne le perturbents.


Le travail actuel à réaliser est de mobiliser les citoyens, de leur faire prendre conscience qu'ils sont un réel levier pour soutenir les agriculteurs qui veulent avancer. Plusieurs membres du CIVAM ont remarqué que la reconnaisssance des agriculteurs qui s'engagent dans la prise en compte de l'environnement vient en premier des citoyens. Le débat engagé lors de cette soirée est un premier pas vers une meilleure compréhension des enjeux agricoles et citoyens par chacun. Certains participants ont souligné l'étape suivante qui pouvait être la contribution des citoyens aux politiques publiques territoriales via notamment les collectivités locales.
fleche Des pistes pour l'avenir arbredor Cet événement fut d'une grande richesse pour tous les participants. Il a permis la rencontre entre des agriculteurs dynamiques, acteurs de la transition agro-écologique en Champagne, et des citoyens très intéressés pour suivre l'évolution de l'agriculture en région, son impact sur l'activité territoriale et sur leurs lieux de vie. Ce sont près d'une quarantaine de personnes qui ont participé activement à cette soirée. Elles ont pu librement échanger, s'interroger, exprimer leurs inquiétudes mais également proposer des pistes de réflexion et d'actions pour l'avenir.

Le CIVAM reste ouvert aux propositions et contributions qui permettraient de réconcilier et construire des liens entre producteurs et citoyens non agriculteurs.